Le Mot du Président

Faut-il être anglais pour aimer la musique de Berlioz ? On l’a dit. Français pour faire comme si elle n’existait pas ? On l’a cru. Tandis que les Allemands pointaient ses fausses basses et les Italiens sa vocalité barbare… Tout cela est loin : personne, ou presque, n’ose à présent contester le génie d’un des plus hardis représentants du Romantisme européen. Le progrès accompli depuis le centenaire de la mort, en 1969, est considérable : presque toute sa musique a été enregistrée, l’édition critique de ses partitions et la publication du vaste corpus de ses écrits (correspondance, Mémoires, feuilletons) entreprise le plus souvent à l’initiative ou sous l’égide de notre association, est achevée. Quant à la personnalité de Berlioz, objet de tant de gloses et de fantasmes, la vaste biographie de David Cairns, l’iconographie de Gunther Braam et les monographies de Pascal Beyls consacrées à ses proches, ont mis un terme aux colportages fantaisistes réchauffés à tire-larigot. Les buts que se proposait l’Association nationale Hector Berlioz en 1969, sont atteints, au-delà de ce que pouvaient espérer ceux qui y ont adhéré l’époque. Le moment était venu de rénover notre site. C’est chose faite, ou presque, dans la mesure où toutes les suggestions des visiteurs seront les bienvenues.

Il ne resterait plus, donc, qu’à goûter un repos bien gagné… Tout au contraire, il importe d’être plus vigilants que jamais. Berlioz, en effet, ne saurait être un monument historique. Pas plus qu’aucun artiste, du reste, mais certains s’en accommodent mieux que d’autres ; le statu(e) quo ne lui convient pas. Berlioz doit rester un franc-tireur de l’Art, un exemple de rébellion fructueuse. Et c’est cette évidence qu’il s’agit de préserver, de servir.

Berlioz a encore des adversaires qui n’en n’a pas, de Mozart à Raphaël, de Bouddha à Jésus Christ ? mais ils se taisent. Il faudrait sans doute leur (re)donner la parole, susciter le débat : choyons nos ennemis, car ils sont notre vigilance ; comme le serpent biblique, cause de la chute et instrument de la connaissance, ils nous extirpent du Paradis de la consensualité mortifère.

Autant dire qu’il reste à faire et que, s’il n’est plus nécessaire, comme autrefois, d’adhérer à l’AnHB pour que Berlioz vive, il est urgent d’adhérer pour que notre association poursuive son action. Depuis vingt ans nous nous sommes efforcés de nourrir nos publications de contributions originales. Comptes rendus de concerts marquants, de représentations d’opéras, de livres et de disques trouvent leur place dans le Bulletin annuel (qui s’efforce d’être toujours plus digne de la haute valeur intellectuelle et esthétique de son héros) et dans Lélio qui s’en distingue notamment par les Bonnes feuilles qui donnent à (re)lire des textes historiques de référence sur Berlioz et sur ses œuvres.

Un dernier mot, essentiel : l’AnHB n’est pas le domaine réservé des membres de son Conseil d’administration, aussi les idées, les propositions, de toutes et de tous sont-elles les bienvenues.

Gérard Condé

Légende de l’image : « Qui ne rougit admire en vain » (Lao Tseu)