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    L'ASSOCIATION
     
    Lélio n° 17 - Bonnes feuilles 2008       
    Réunion de bureau du 17 mai 2008
    Entretien avec Henri Dutilleux     
    Henri Dutilleux distingué au Royaume-Uni      
    Les leçons de Pascal Dusapin au Collège de France (vidéos)
    Pascal Dusapin livre son chef-d'œuvre lyrique
    Entretien avec Christian Wasselin    
    2008-2009 : Sir Colin ou l'éternel retour
    Colin Davis, Berlioz in love    
     
   

CONCERTS ET MANIFESTATIONS

     
    La Esmeralda au Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon      
    L'OPL s'envole pour l'Amérique latine       
    Festival Berlioz 2008       
    Exposition "Divas. Les interprètes de Berlioz" au musée Hector-Berlioz
   

L'agenda du musée Hector-Berlioz

     
   

ÉCHOS DES CONCERTS ET MANIFESTATIONS

     
    Levine fait la Guerre de Troie berliozienne    (en anglais)        NOUVEAU
    Le Requiem à Saint-Denis       
    Le Conservatoire se donne en spectacle      
    Ten Foot Trojan Horse Made of White Shingles        NOUVEAU
    Berlioz by the Tarmac        
    Cléopâtre à la Bastille  
    Les Troyens à Boston   (en anglais)  
    Villanelle par Jessye Norman   (en anglais)  
  La Damnation de Faust à Cardiff   (en anglais)    
    Jubilar präsentiert sich sehr edel   (en allemand)        NOUVEAU
    Berliner Philharmoniker mit Dankkonzert für Feuerwehr   (en allemand)
    Symphonie fantastique à Hambourg   (en allemand)      
    La Voix humaine et mélodies françaises de Berlioz à Reynaldo Hahn à Vienne  (en allemand)   
    La Symphonie fantastique par le Baltimore Symphony Orchestra   (en anglais) 
    Kazushi Ono, un berliozien d'avenir !
     
    SAISON 2008-2009
     
    Orchestre national de France
    Ensemble orchestral de Paris
    Cité de la musique
    Grand-Théâtre de Genève      
    Madrid, Teatro Real
  Metropolitan Opera
    Orchestre national de Lyon
    Opéra national de Lyon
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    London Philharmonic Orchestra
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    Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks    
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    Metropolitan Opera      
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      «Berlioz à Rome, le rendez-vous manqué» sur Canal Académie
     
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    DISCOGRAPHIE
     
    Nouvel enregistrement de Benvenuto Cellini : comptes rendus      NOUVEAU 
    Réédition des enregistrements parisiens de Pierre Monteux
    LSO Live disponible sur iTunes Plus
     
    BIBLIOGRAPHIE
     
    Sommaire du dernier Bulletin de l'Association       
    Au sommaire du dernier bulletin de la Berlioz Society     NOUVEAU  
    Une petite histoire de la musique romantique    
     
   

VIENT DE PARAÎTRE

     
    Berlioz: Scenes from the Life and Work      
    Faust. La musique au défi du mythe      
    Rimski-Korsakov, Chronique de ma vie musicale    
     
   

BERLIOZ INTERNATIONAL

     
    Howard Jacobson on the Hallé: How an orchestra changed my life
     
   

INFORMATIONS DIVERSES

     
    Nouvelle parution : Le Théâtre-Italien de Paris
    Création de Passion de Pascal Dusapin    
    «La margrave Wilhelmine von Bayreuth, dernière princesse d'Europe»   
     
    ACTUALITÉS DES MEMBRES DU COMITÉ D'HONNEUR ET DES MEMBRES D'HONNEUR DE L'AnHB  
     
    Dame Janet Baker
    Entretien avec Sir Colin Davis
     
   

MESSIAEN 2008

     
    Calendrier des concerts
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ACTUALITÉS DE LA VILLA MÉDICIS     

     
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    Saison 2008-2009 à l'Opéra-Comique      
    CD Mélodies, duos et pièces religieuses d'Emmanuel de Fonscolombe
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LA VOIX

     
    Richard Strauss, mode d'emploi
     
   

LA VIE DES ORCHESTRES

     
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CÉLÉBRATIONS 2008

     
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Lélio n° 17 - Bonnes feuilles 2008

       
     

Lélio n° 17 et Bonnes feuilles 2008 sont actuellement sous presse.

Au sommaire de Lélio : les rubriques habituelles (Calendrier de concerts, comptes rendus, disques, DVD, livres, informations diverses).

 

Au sommaire de Bonnes feuilles  :
Avant-propos, par Christian Wasselin ; Le Requiem de Berlioz, par
Paul Dukas ; Berlioz et M. Gunsbourg, par Claude Debussy ; Lettre à Edouard Hanslick, par Stephen Heller.

       
     
       
     

Réunion de bureau du 17 mai 2008

       
     

Six questions sont à l'ordre du jour :


- Publications : Lélio, Bulletin, Cahiers Berlioz n° 6
- Site web de l'Association
- Délégués régionaux
- Fonds Thérèse Husson
- Présence de l'Association au Festival Berlioz 2008 :
  Conférence de Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin
  Stand

- Projets divers

La prochaine assemblée générale de l'Association est fixée au 30 août à la mairie de La Côte-Saint-André.

       
     
       
     
Entretien avec Henri Dutilleux
       
     

Henri Dutilleux

Le maître du temps

Compositeur-phare et témoin éclairé de l'évolution musicale de la musique au XXème siècle, Henri Dutilleux reste avant toute chose à 92 ans un musicien en action, habité et créatif. Il poursuit aujourd'hui la composition de l'œuvre « Le Temps l'horloge », un cycle de quatre mélodies dont les 3 premières ont été créées en septembre 2007 au Japon par la soprano Renée Fleming et le chef d'orchestre Seiji Ozawa. En avril, deux orchestres nationaux parisiens se consacrent à sa musique : l'Orchestre national d'Île-de-France interprète, avec la complicité du violoncelliste Gary Hoffman, Tout un monde lointain (1970), tandis que l'Orchestre national de France et son directeur musical Kurt Masur reviennent sur The Shadows of Time pour orchestre et voix composé en 1997.

Comment s'organise votre travail quotidien ?

Henri Dutilleux : Si vous voulez parler de mon travail quotidien, je ne pourrais pas m'étendre sur le sujet car je me reproche souvent de ne pas pouvoir être chaque jour à mon travail. Car c'est chez moi, et pas dans les avions ou les hôtels, que je peux avancer. Mon travail a besoin d'une continuité pour pouvoir être considéré comme valable. Prochainement, je vais tout de même avoir devant moi les mois d'avril, de mai et de juin qui seront beaucoup plus calmes… Il faut se défendre tous les jours contre ces agressions que représentent les courriers, les démarches, les rendez vous, etc… Cela me préoccupe car j'ai envie de travailler encore, j'ai besoin de travailler…

 

Vous sentez-vous avoir l'âge que vous avez quand on est, comme vous l'êtes, entièrement tourné vers le travail et la création ?

H.D. : Non. Mais les problèmes physiques comptent beaucoup. Pour moi, tout est devenu plus lent. J'ai beaucoup de problèmes aux jambes et ma vue est nettement moins bonne. Je ne vois pratiquement que d'un œil. La dimension écrite est tellement importante pour moi... Heureusement, ce qui marche encore, c'est l'oreille. J'entends bien. Pour le reste, quand j'écris de la musique, la notion d'âge n'a plus du tout de sens. Et là, je peux même dire que je me sens plus jeune qu'avant. Je me sens plus vrai. Je me pose moins de questions. Pour beaucoup de choses, je vois certainement plus clair qu'il y a trente ans. C'est ça qui est parfois très préoccupant parce que je voudrais pouvoir accepter ce qu'on me propose… Et je suis parfois un peu imprudent en acceptant sans réfléchir assez des projets que je ne pourrais peut-être pas accomplir complètement, en prenant le risque de ne pas être fidèle au rendez-vous de certaines commandes qui me sont passées.

 

Avec les années, vous avez gagné une forme de liberté et de jeunesse dans la façon d'aborder la composition…

H.D. : Je le crois. C'est inexplicable. J'ai pu assister à de nombreux mouvements artistiques différents depuis 50 ans, auxquels j'ai été assez attentif, même si je n'ai pas participé par exemple au mouvement sériel… C'est un fait qui a tourmenté beaucoup de gens. Mais j'ai découvert des choses que je n'aurais pas pu trouver sans ce mouvement. Il m'a permis de me remettre en question. J'étais très loin du sérialisme et pendant longtemps, pour cette raison, on m'a ignoré dans le domaine de l'avant-garde. Je n'ai pas été d'avant-garde et je le regrette d'ailleurs… Evidemment, au début de mes travaux, je comprends très bien qu'on ne se soit pas intéressé à ce que je faisais… Mais j'ai fait tout de même des progrès ! (rires). Quand on est très jeune, il ne faut pas se contenter d'écrire des choses belles et d'aimer le passé. Il faut faire attention : il faut aimer le passé mais à un moment il faut aussi savoir « tuer le père ». Et cela a été tout de même un problème pour moi. D'autres musiciens, je pense à Messiaen, ont trouvé plus vite que moi leur vrai langage. Pour moi, cela a été plus long… C'est peut-être parce que, brillant élève de contrepoint, de fugue et d'harmonie, on ne m'a peut-être pas assez dit : « Maintenant, cherchez votre vrai langage ». Mais il ne faut pas regretter…

 

Vous êtes naturellement très sollicité par des jeunes compositeurs. Que leur dites-vous ?

H.D. : Je reçois un ou deux disques par semaine, d'interprètes de mes œuvres ou de compositeurs. Quand je peux trouver le temps d'aller jusqu'au fond et d'écouter plusieurs fois - parce qu'il faut écouter plusieurs fois la musique nouvelle : la musique se déroule dans le temps et l'on ne peut saisir certaines choses que si on écoute plusieurs fois, par des effets de mémoire, de prémonition… - alors je leur dis le plus souvent : « N'hésitez pas à prendre des risques ! ». Je l'ai remarqué assez souvent : les oeuvres que j'ai écrites et qui me laissent le moins de regrets sont celles pour lesquelles j'ai pris le plus de risques.

C'est une chose à laquelle il faut penser. Et ne pas non plus oublier le goût du jeu….

 

Il y a le mot « temps », une fois en français et une fois en anglais, dans deux de vos œuvres les plus récentes… Comment définiriez-vous votre rapport au temps qui passe ?

H.D. : Comme de plus en plus important. Jamais je n'ai senti à ce point la fuite du temps. Plus ça va et plus on s'aperçoit de ce phénomène… Et au bout d'un moment, c'est affolant. Il faut que je me défende…

 

Ce temps après lequel vous courez dans votre grande jeunesse créative actuelle, fait naître en vous quel sentiment ?

H.D. : Cela me rend nerveux si je ne peux pas accomplir chaque jour ce que j'ai à faire. Il faut qu'on comprenne que j'ai cette préoccupation…

 

En même temps, votre impatience révèle un formidable appétit de vivre et de vous exprimer…

H.D. : Oui. Et de connaître de nouvelles choses encore. En même temps, j'ai la réputation d'être quelqu'un de lent. C'est vrai, un docteur m'a dit un jour que j'avais le cœur lent et que j'aurais une longue vie… D'ailleurs, je n'arrive pas à comprendre comment j'ai pu arriver jusque-là.

 

Propos recueillis par Jean-Luc Caradec
La Terrasse

n° 157, avril 2008

       
     
       
     

Henri Dutilleux distingué au Royaume-Uni

       
     

La Société philharmonique royale (RPS) britannique a décerné l'une des plus prestigieuses récompenses de la musique classique au compositeur français Henri Dutilleux, a-t-elle annoncé dans un communiqué.

La médaille d'or de la RPS a été créée en 1870 afin de commémorer le centenaire de la naissance de Beethoven, et porte son effigie. Elle récompense les plus grands talents de la musique classique. « Henri Dutilleux a constamment produit un travail de la plus grande qualité sur l'ensemble de sa longue carrière de compositeur, conservant avec fermeté ses principes de composition et résistant aux tendances de la mode pour créer un langage individuel et puissant, jamais simpliste », a indiqué Graham Sheffield, président de RPS, cité dans le communiqué. « Henri Dutilleux représente la lucidité, la sincérité et la clarté d'expression, et ce sont ces qualités que la Société philharmonique royale reconnaît et salue », a-t-il ajouté. La médaille d'or, attribuée à moins de cent personnes depuis sa création, a été remise au compositeur français au Wigmore Hall à Londres à la suite d'un concert où ont été jouées plusieurs de ses compositions, dont une nouvelle version de Mystère de l'instant. Le dernier récipiendaire français était Pierre Boulez en 1997, mais la liste, toutes nationalités confondues, inclut Sergei Rachmaninov, Serge Prokoviev, Simon Rattle, Placido Domingo, Daniel Barenboim ou encore Charles Gounod, Richard Strauss, Yehudi Menuhin, et Mstislav Rostropovich.

       
     
       
     

Les leçons de Pascal Dusapin au Collège de France (vidéos)

       
     

http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/pas_dus/p1207833886739.htm

       
     
       
     

Pascal Dusapin livre son chef-d'œuvre lyrique

       
     

Stéphane Lissner, ancien directeur du Festival d'Aix-en-Provence, avait commandé à Pascal Dusapin, 53 ans, son sixième opéra, avec recommandation de donner écho aux opéras de Claudio Monteverdi sous la forme d'une orchestration ou en "revisitant leurs thématiques".

Le résultat de cette commande est parvenu aux mélomanes aixois le 29 juin ; ils pourront le découvrir jusqu'au 10 juillet dans le cadre intime et bien sonnant du Théâtre du Jeu de paume, restauré depuis 2000.

Pascal Dusapin est le compositeur français savant et vivant le plus fêté aujourd'hui après son auguste aîné Henri Dutilleux. Dans le passé, son œuvre lyrique était souvent marquée par trop de ficelles, trop de copiés-collés (ou de découpés-recousus si l'on veut), trop d'effets cosmétiques, etc. Perelà, l'homme de fumée, créé à l'Opéra de Paris en 2003, nous en semblait l'exemple flagrant.

C'est avec d'autant plus de bonheur qu'on salue Passion, son nouvel ouvrage, 90 minutes de musique d'un raffinement extraordinaire, d'une tension sans relâche, d'une densité sans remplissage. Le paradoxe de cette réussite tient à ce qu'en faisant référence à des musiques et des textes de livrets identifiés, Pascal Dusapin donne l'impression de n'avoir jamais eu l'invention plus fraîche et plus spontanée.

Il y avait pourtant danger à donner au clavecin une écriture à la manière des toccatas du XVIIe siècle italien ; à emprunter les ornements du madrigal ancien ; à ce que la musique de Passion ressemble quelque peu à celle de Salvatore Sciarrino (né en 1947) qui, lui aussi, filtre les souvenirs de cette Italie fondatrice du madrigal et de l'opéra.

Mais Passion est plutôt l'inverse de la musique grevée de silences de l'Italien, qui griffe parcimonieusement le son comme le peintre Cy Twombly ses toiles. Elle a un corps plus dense, un cœur harmonique, parfois consonant, et une fine ossature de nervures qui s'épandent sans relâche au creux d'une polyphonie subtile, plane ou vibrionnante.

Les cordes pincées tintinnabulantes, les effarements de cuivres, les échos d'un chœur de solistes en voix célestes ou infernales, les poétiques transformations électroniques, le continuum d'orgue électrique (l'instrument du jeune Dusapin), la voix étranglée d'un luth arabe à l'intonation exogène, les insularités désolées de clavecin au bord du gouffre, tout cela séduit et, surtout, bouleverse. Et l'on aime que ce livret remarquable (en italien, de Dusapin lui-même) ne dise rien de ce qui l'anime dramatiquement - rien, c'est-à-dire pas davantage qu'une pièce de Beckett, qu' India Song, de Marguerite Duras, ou que Stalker, d'Andreï Tarkovski. Rien, c'est-à-dire tout du mystère des passions obscures qui nous animent.

La partition est finement interprétée par le jeune chef français Franck Ollu, qui donne à son geste précision et musicalité, et par les deux solistes vocaux. Barbara Hanigan, qui stupéfie par la maîtrise de sa très exigeante partie (suraigus en exclamations), et Georg Nigl chantent et habitent Passion comme s'ils étaient dans une partition connue.

On nous pardonnera de ne parler que de ce que nos oreilles ont entendu et de ne dire du beau travail scénique que son raffinement onirique, lequel a l'élégance de faire mieux parler encore cette incroyable partition.

                                                                                                                                Renaud Machart

                                                                                                                                         Le Monde

                                                                                                                                            2 juillet

       
     
       
     

Entretien avec Christian Wasselin

       
     

Clara, le soleil noir de Schumann. C'est le titre du roman historique que Christian Wasselin publie aux éditions Scali. La chronique de la composition du Carnaval mêlée aux relations brûlantes qu'entretenaient le compositeur et son épouse Clara Wieck. Promenade avec un amoureux et fin connaisseur de la musique romantique.

 

Christian Wasselin, quel rapport entretenez-vous avec l'œuvre (et la vie) de Robert Schumann ?


Je ne peux pas faire l'économie, pour répondre à cette question, d'un détour par Berlioz, qui m'a tout appris, tout révélé alors que je n'avais que douze ans. J'ai alors conçu ce que pouvaient être les passions, la beauté, l'enthousiasme, et j'ai commencé à écouter de la musique (au début, essentiellement par le biais du disque et de la radio), à lire des livres, bref à me forger un univers. Schumann y est entré quand j'étais adolescent. C'est d'abord la musique qui m'a amené vers lui, et singulièrement sa musique pour piano : les Davidsbündlertänze, la Fantaisie, les Kreisleriana et bien sûr le Carnaval ont très vite fait partie de ma vie. Puis sont venues les symphonies, le Paradis et la péri, etc. Presque naturellement, je me suis tourné vers les amours littéraires de Schumann, les écrits d'Hoffmann en particulier (ah, les Elixirs du diable  !) que venaient de publier intégralement les éditions Phébus. L'un de mes amis, à cette époque, nourrissait une passion pour le thème littéraire de la très jeune fille, et moi pour la femme de trente ans. C'est ainsi que j'ai eu l'occasion de lui présenter Clara. A cette époque, la fiction et la réalité se confondaient volontiers dans mon esprit. À dire vrai, rien n'a vraiment changé.

Est-il possible de séparer œuvre et vie chez un tel homme ?


C'est à la fois une question de cours et une interrogation métaphysique ! Je dirai qu'il est toujours possible de se passionner pour l'œuvre d'un compositeur (ou d'un écrivain, ou d'un peintre, ou d'un cinéaste) sans rien connaître de sa vie. Inversement, on peut très bien lire l'histoire d'une vie aventureuse, celle de Gesualdo ou celle de Beaumarchais par exemple, sans s'intéresser à l'œuvre de ces individus. Après tout, le livre que je viens de publier est sous-titré « roman historique », c'est dire qu'on peut le lire pour le plaisir sans avoir pour autant le désir de connaître la musique de Schumann. Mais il va de soi qu'on se priverait de bien des clefs en écoutant cette musique sans se soucier du destin du compositeur.

Quel rôle Clara a-t-elle joué dans le destin du musicien ?


Le grand cycle des œuvres pour piano des années 1830 n'est qu'un immense journal intime en musique, placé sous le signe de Clara. La jeune Clara Wieck avait neuf ans de moins que Robert, qui n'avait pas vingt ans et se cherchait beaucoup, en tant qu'homme et en tant qu'artiste, quand il l'a vue pour la première fois. Clara a servi de révélateur à Robert, au sens du papier tournesol, elle l'a peu à peu enflammé tout en lui permettant de fixer ses élans et ses tourments dans des partitions décisives. Robert a vu Clara devenir adolescente, partager son amour, rester d'une volonté inflexible malgré les obstacles (je ne reviendrai pas sur l'histoire bien connue du père de Clara, Friedrich Wieck, qui n'entendait pas donner sa fille à un obscur compositeur), jouer le rôle de la fée. Clara est l'élément merveilleux, le soleil souterrain dans le roman noir qu'est la vie de Schumann.

Parlez-nous de Carnaval, œuvre qui est au cœur du roman. À quel voyage cette musique nous invite-t-elle ?


Le Carnaval me paraît être la plus aboutie des partitions des années 1830 ; elle fait la synthèse des obsessions de Schumann, elle rend hommage à une série de personnages réels (Paganini, Chopin, Clara…) et imaginaires (Eusebius, Florestan, Pierrot…) et en même temps invente une forme éclatée, faite de fragments contrastés, juxtaposés, télescopés. C'est un bal masqué fantasque et tourbillonnant, qui m'a donné l'idée de concevoir un roman lui-même éclaté, où dans le récit viennent s'incruster des pages de journal intime, des extraits de lettres, etc. qui rompent le fil de la narration et proposent d'autres éclairages, d'autres points de vue.

De quels documents vous êtes-vous servis pour écrire ce « roman historique » ? Quelle est la part de fiction ?


C'est un roman parce que tout y est inventé, y compris les lettres et les journaux intimes que je viens d'évoquer. C'est un roman historique parce que les péripéties sont vraies : Schumann a réellement eu un père libraire, il a réellement fait tel voyage, telle rencontre à l'époque où je les indique, etc. Tel Alexandre Dumas ou Walter Scott (pardon pour ces références !), j'ai puisé dans les biographies, dans les histoires de la musique, dans les histoires tout court, et j'ai fait de mon héros un personnage de roman pour l'approcher au plus près.

Propos recueillis par Laurent Cennamo pour Scènes Magazine

       
     
       
     
2008-2009 : Sir Colin ou l'éternel retour
       
     

L'éternel retour ? C'est le retour perpétuel de Sir Colin Davis à Berlioz, un compositeur qui a fait sa célébrité dans les années 60, qu'il a toujours servi avec une affection, un naturel, une rigueur hors du commun, et qu'ii retrouvera les 5 et 7 février prochain à la faveur d'un nouvel épisode du cycle commencé il y a plusieurs saisons déjà en compagnie de l'Orchestre National. A l'affiche, cette fois, un opéra-comique de Berlioz souvent malmené : Béatrice et Bénédict.

Colin Davis, indissolublement lié à Berlioz ? Certes. Et ce n'est pas un hasard s'il revient à la tête de l'Orchestre National, près d'un quart de siècle après une inoubliable Damnation de Faust, pour nous offrir un Béatrice et Bénédict qu'on peut d'ores et déjà imaginer de haut vol et qui fait suite aux précédents jalons du cycle qu'il a commencé il y a quelques années (la Symphonie fantastique et Les Nuits d'été en 2005, Roméo et Juliette en 2006 et, dans quelques semaines, les 11 et 13 juin 2008, le Requiem.

Davis a enregistré trois fois Béatrice et Bénédict, et ces trois enregistrements se ressemblent ? Raison de plus : Davis, à l'instar de Charles X, n'a rien oublié ni rien appris avec le temps : il s'est fixé une vision des œuvres de Berlioz, une fois pour toutes, et n'en a guère changé. Et comme cette vision était lumineuse et exaltante, qui s'en plaindrait ?

D'ailleurs, ces trois enregistrements ne se ressemblent que musicalement, par le choix des tempos, par le regard de Davis. Mais ils diffèrent par l'ambiance, par la couleur, grâce au choix des solistes : presque uniquement anglophones (Josephine Veasey, John Mitchinson, April Cantelo) dans la première version enregistrée en 1962 pour Oiseau-Lyre ; mi-anglais (Janet Baker, Robert Tear), mi-francophones (Christiane Eda-Pierre, Jules Bastin) pour la deuxième version, gravée en 1977 pour Philips ; très internationale dans la troisième version, celle de la collection LSO Live (Enkeljda Shkosa, Kenneth Tarver, Susan Gritton).

Et puis, il y a la question des dialogues : supprimés dans les première et troisième version, largement amputés dans la deuxième; ils seront sans doute restitués intégralement, à leur place, en toute simplicité, dans les deux concerts de février prochain. Hormis la somptueuse Joyce DiDonato, qui sera en effet Béatrice, la distribution sera essentiellement francophone et devrait faire merveille.


L'histoire d'un amour

Tout a commencé le jour où il interpréta, au poste de clarinettiste, l'Enfance du Christ : ce jour-là, ce fut une révélation. Davis s'appropria littéralement Berlioz, qui devint son intime et dont il se fit une idée immédiatement précise et définitive. Au point que seules les distributions, depuis quarante ans, apportent des changements notables à ses interprétations et à ses enregistrements successifs des œuvres vocales de Berlioz. A-t-il eu raison avant tout le monde ?

Car on a beau vouloir se faire l'avocat du diable, esssayer de lui trouver des failles, prétendre qu'il a occupé un terrain laissé vide par d'autres, il n'empêche : Colin Davis est qu'on le veuille ou non le chef qui depuis quarante ans a le plus fait pour Berlioz. On a cité Béatrice et Bénédict, mais qui a enregistré trois fois les Nuits d'été, l'Enfance du Christ et Harold en Italie, deux fois les Troyens, Cléopâtre et la Damnation, quatre fois la Fantastique ?* Le flambeau a été repris par John Eliot Gardiner, par Roger Norrington, mais sait-on que ces chefs d'orchestre ont joué, autrefois, sous la direction de Davis ?

Et qu'on ne lui fasse pas le procès du flegme ou de la réserve so british : encore un préjugé à démolir ! Il suffit d'avoir assisté à un concert dirigé par Davis pour mesurer à quel point il s'engage de tout son être. Il suffit aussi d'écouter un enregistrement, mettons celui du Requiem, implacable et ineffable, pour comprendre la vision qu'a Davis de la musique de Berlioz : choix des tempos (plutôt mesurés), art des contrastes et du relief (le «Rex tremendae» est vraiment ici d'une redoutable majesté), ampleur de l'ensemble, soin apporté aux détails et la matière même des silences, tout nous comble. Le drame et la prière ne font qu'un : la polyphonie des timbales est la plus terrifiante jamais enregistrée, les phrases de cordes cisaillantes (dans la reprise des fanfares du «Tuba mirum»), le «poco sf» des violoncelles et contrebasses sur lequel prend appui le crescendo final du «Lacrymosa», la pulsation des bois et l'entrelacs des cordes dans l'Offertoire, tout nous saisit jusqu'à la lumineuse péroraison de l'«Agnus dei». Réécoutez aussi Benvenuto Cellini, et vous serez ce qu'euphorie et fougue réglée (comme l'exigeait Berlioz) veulent dire.

Si Colin Davis incarne cette double vertu de précision et de sentiment intime de la musique, on ne s'étonnera pas qu'il ait toujours dirigé Berlioz comme un disciple que le compositeur n'a jamais eu. Mais Mozart et Sibelius, pour n'en citer que deux, appartiennent aussi à son panthéon : n'ayons garde d'étiqueter un artiste dont la fantasy est aussi l'une des vertus.

Christian Wasselin

* On trouve chez Philips et dans la collection «LSO live» (distribuée en France par Harmonia mundi) l'essentiel des enregistrements de Colin Davis consacrés à Berlioz.